Crédit photos : Christian Do Huu
Coproduction Comédie de l’Est-centre dramatique régional d’Alsace-Colmar, Agence Culturelle Départementale Dordogne-Périgord, L’Odyssée-scène conventionnée de Périgueux, L’apostrophe - scène nationale de Cergy-Pontoise.
Mise en scène Sylvie Ollivier
Avec Isabelle Gardien, Stéphane Delbassé Scénographie, images et lumière Nicolas Simonin Son Thibault Hédoin Costumes Marianne Delayre
Septembre 1939
Je suis une enfant de l’été
Je viens d’avoir seize ans
La chaleur de cet été encore bien présent a nourri l’insouciance
Et endormi les inquiétudes
1er septembre 1939
Le tocsin retentit
En septembre 1939, après la déclaration de guerre à l’Allemagne, des milliers d’Alsaciens sont évacués vers le Sud-ouest de la France, principalement vers le département rural de Dordogne. C’est là qu’Anna, seize ans, passera ses années de guerre, au contact de fermiers périgourdins qui l’hébergeront avec son père. Loin de sa terre natale, elle découvre l’exil, les premiers émois amoureux et les dangers de la résistance dans son combat contre l’occupant. Deux monologues entrelacés, celui d’Anna et celui de Thomas, le fils de ses logeurs, composent cette pièce émouvante et toute en retenue ; deux destins liés par ce conflit qui meurtrit alors à nouveau l’Alsace.
Née à Bergerac en 1940, Françoise du Chaxel a occupé différents postes dans de nombreuses structures culturelles. Elle a parallèlement écrit une vingtaine de pièces de théâtre, surtout à destination des adolescents, et souvent issues de commandes. Ce matin la neige a été éditée en 2007.
Note de l'auteure
Dès que l’Allemagne eut envahi la Pologne le 1er septembre 1939, les murs de Strasbourg se couvrirent d’affiches donnant le signal de «l’évacuation» et indiquant les points de «recueil» où les strasbourgeois et les habitants des communes environnantes devaient se rendre avec leurs papiers, peu de vivres et peu de bagages. C’est là que des trains les attendaient pour les emmener vers le sud-ouest de la France, principalement la Dordogne. La Dordogne, département peu peuplé, vit alors arriver des dizaines de milliers d’Alsaciens qu’il fallut loger dans les villes et dans les campagnes.
Langues, cultures, styles de vie, tout opposait les Alsaciens et les Périgourdins. Les Alsaciens se retrouvaient en terre laïque, en pays de langue d’Oc, les Périgourdins s’étonnaient de cette langue qui ressemblait à l’Allemand et de cette étrange manie alsacienne de la propreté.
Après l’armistice de Juin 40, les Alsaciens furent invités à rejoindre l’Alsace, beaucoup d’entre eux quittèrent le Périgord pour retrouver une Alsace allemande. Un certain nombre, ne supportant pas le bruit des bottes, revinrent en Périgord et participèrent activement à la Résistance. Quelques uns y firent leur vie.
Périgourdine d’origine, j’ai rencontré des Alsaciens restés en Périgord par amour ou par hasard de la vie, j’ai rencontré aussi des enfants de ces Alsaciens « évacués ». J’ai lu de nombreux témoignages. J’avais envie de mettre des voix sur cette histoire.
Peu à peu, je voyais se dessiner la figure d’une jeune femme qui avait quitté Strasbourg adolescente avec ses parents et avait passé les années de guerre dans une ferme de
Dordogne, y quittant l’insouciance de l’adolescence pour l’éveil à la conscience politique, sous le regard du fils des fermiers qui va lui aussi avoir à choisir son camp.
Deux voix donc racontent la même histoire : la voix d’Anna qui vivra les années de guerre dans cette ferme au milieu des bois, aimera un maquisard - un républicain espagnol - le perdra, décidera de faire sa vie là où elle est devenue femme, la voix de Thomas, le «taiseux », qui voit arriver cette étrange belle fille rousse, assiste à son éveil, ne voit qu’elle qui le regarde à peine, s’engage lui-même, rejoint les maquisards. Tous deux ont vécu les mêmes évènements douloureux qui les feront grandir.
C’est pour moi, à travers l’histoire d’Anna et de Thomas l’occasion de mêler l’intime et l’Histoire, de parler de l’exil et de l’engagement. J’ai accompagné Anna et Thomas sur le chemin qui les mène vers l’âge des déterminations.
Françoise du CHAXEL, septembre 2009
Ce matin, la neige
Alors que le printemps est proche
Ce matin, la neige
Doublement insolite
J’ouvre la fenêtre
La neige ne tiendra pas sur cette terre chaude
Chez nous elle s’installait
Ralentissait le temps
Ici le temps est passé vite
Je n’ai pas senti l’enfance me quitter.
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